jeudi 16 février 2017

Santé et médecine à la cour de France

Santé et médecine à la cour de France (Moyen Âge-XIXe s.)


Appel à communications


Dans la continuité des travaux menés dans le cadre de l’axe de recherche « La médecine à la cour de France », le prochain colloque organisé par Cour de France.fr sera consacré à la question de la médecine et de la santé à la cour de France, du Moyen Âge au XIXe siècle. Cette manifestation pluridisciplinaire rassemblera des chercheurs français et étrangers, jeunes et confirmés.


Date limite de réponse : 1er mars 2017

Lieu et date du colloque :
19-20 octobre 2017
IEA de Paris, 17 quai d’Anjou, 75004 Paris



Argumentaire

Plusieurs travaux ont jalonné l’évolution de cette thématique historiographique, depuis les actes du colloque Medicine at the Courts of Europe, 1500-1837 (1986) publiés en 1990 qui rassemblaient des études variées sur le rôle, l’organisation ou encore l’image des médecins évoluant dans l’espace curial européen, de la Renaissance au XIXe siècle [1]. La vaste synthèse proposée par Laurence W. Brockliss et Colin Jones, The Medical World of Early Modern France (1997), couvrait quant à elle une période plus réduite mais n’abordait la médecine de cour que de façon secondaire [2]. Plus récemment, la publication de mémoires et de journaux rédigés par des médecins de cour a permis de développer les recherches en France sur les états de santé des princes et sur les régimes qui leur étaient administrés [3]. Le rôle des premiers médecins ainsi que la complexité et l’ambiguïté des relations de pouvoir entre le médecin et le prince au début des temps modernes a été au centre du colloque Pouvoir médical et fait du prince, organisé à Tours en 2010 [4]. Après la belle étude d’Alexandre Lunel consacrée à l’évolution des professions de santé et des maisons médicales du roi en France [5], un programme de recherche du CNRS conduit par Marylin Nicoud, a étudié la place et la fonction du médecin dans les cours de l’Europe méridionale et a donné lieu à une publication, Être médecin à la cour (Italie, France, Espagne, XIIIe-XVIIIe siècles) [6].

Cette liste non exhaustive met en lumière quelques grands axes d’étude qui méritent d’être explorés plus en profondeur, tout en élargissant le champ d’enquête à l’ensemble de la société curiale, aux reines et princesses, nobles, officiers et domestiques, sans négliger les visiteurs, savants et ambassadeurs qui font de la cour de France un milieu privilégié. C’est dans ce cadre de sociabilité mais aussi de théâtralisation des corps qu’il convient de replacer la question des états de santé, la maladie, la guérison et la mort et d’étudier le rôle préventif et curatif des médecins de cour.

Plusieurs sujets de recherche peuvent être abordés dans le cadre de ce colloque.

A. La cour, un lieu à hauts risques...
La cour, en tant que microcosme de la société, partage avec celle-ci les mêmes vulnérabilités (risques physiques, maladies et peurs de la maladie), mais est exposée à des risques spécifiques liés aux conditions de vie : accidents de chasse et de voyage, blessures causées par les guerres, les duels, maladies liées à une mauvaise hygiène de vie et d’alimentation…

La contagion s’y révèle un fléau redoutable : des maladies sont transmises par les visiteurs, les denrées et animaux transportés par voie maritime ou terrestre à destination de la cour. La densité de la population curiale dépasse à certaines époques 10 000 personnes qui partagent un espace de vie pour le moins restreint. Il faut également prendre en compte la population locale, autour des châteaux royaux, souvent très pauvre, à laquelle se mêlent des prostitué(e)s, des mendiants, des marchands ambulants, des marginaux évoluant dans des conditions d’hygiène déplorables.

La question de l’hygiène constitue un sujet d’étude très peu abordé encore qui devrait ouvrir de nouvelles fenêtres pour une étude qualitative de la santé et des conditions de vie à la cour ; quel est le rôle de l’eau, du chauffage, de l’éclairage dans les appartements de cour, sur les corps et les esprits des individus qui y vivent et y travaillent ? Le nettoyage des espaces de la cour, la gestion des déchets, les soins corporels sont les « coulisses » nécessaires, mais peu connues, de la santé dans le monde curial.

Si des règlements tentent de contrôler et de limiter l’accès et la circulation à la cour en cas d’épidémie, d’autres stratégies défensives ne doivent pas être occultées. Elles nous sont connues grâce à des consultations et prescriptions médicales ayant laissé des traces (cures thermales, consultations des docteurs-régents), soit grâce à des correspondances ou des récits.

De manière plus accessoire, on pourra s’intéresser à la place accordée dans les textes et dans les représentations aux discours et aux pratiques relevant d’une médecine « magique » (charlatans, formules et croyances diverses) ou populaire (recettes domestiques, médecine des pauvres), y compris jusque dans des traités écrits par des médecins.

B. La cour, un lieu d’innovations médicales et chirurgicales
Même si l’intention fut parfois plus politique ou polémique que médicale, il est certain que la cour a joué un rôle indéniable dans l’acquisition, la promotion et la diffusion de notions et de pratiques médicales nouvelles dont témoignent la création de chaires de médecine et de chirurgie au Collège royal, les démonstrations anatomiques au Jardin Royal, la multiplication des académies et sociétés médicales placées sous la protection du roi. Une forme de mécénat curial peut être étudiée à travers les invitations et les passages de médecins étrangers à la cour ou dans des institutions royales.

Il faudrait encore étudier de près les tentatives de coopération entre les puissants et les médecins dans l’intérêt de la santé publique : consultations de corps médicaux constitués, interventions et lettres patentes royales, réglementations des eaux, luttes contre les épidémies...

Sur le plan des innovations thérapeutiques, les médecins et chirurgiens de cour se montrent volontiers plus audacieux que les médecins de Paris, prenant parfois des risques. Leurs échecs et leurs réussites sont commentés, loués ou critiqués par leurs contemporains, médecins (le cas de Patin peut-il être généralisé ?) et autres, dans un large réseau de correspondances entre savants européens (France, Danemark, Allemagne, Espagne etc..).

C. La cour, un lieu de mise en scène du médecin
Loué, blâmé, respecté en tant que prescripteur mais « gagé » comme serviteur du roi, le médecin occupe une place singulière dans le milieu curial. Il s’agit ici d’étudier la figure du médecin de cour.

Le médecin de cour peut avoir le rôle de truchement entre le prince et le public : quelle attitude adopter pour informer l’entourage et le peuple ? Doit-il dissimuler l’état de santé physique ou mental de son princier client ? Doit-il contribuer à occulter les marques du vieillissement, des maladies ? Comment se traduisent ces contraintes dans les écrits ?

Quelle conception se fait-il de sa fonction à travers ses écrits et les préfaces de ses ouvrages ? À qui ces derniers sont-ils plus particulièrement destinés ? Se limite-t-il à soigner le corps ou prétend-il avoir un rôle de conseiller et de médecin de l’esprit ? Quelle image veut-il donner de lui ? Une analyse des portraits gravés ou peints de médecins et de chirurgiens de cour, est une piste nouvelle pour aborder cette question.

Ce sont là les principales pistes et thématiques qui pourront être explorées au cours de ce colloque, à travers l’étude de sources variées, textuelles et iconographiques, à la confluence de l’histoire des savoirs médicaux et de leurs représentants et de l’histoire sociale et culturelle de la cour dans le contexte français, du Moyen Âge au XIXe siècle.

Les chercheurs souhaitant participer à ce colloque sont invité(e)s à envoyer le titre de leur intervention, un bref résumé (3000 signes, espaces comprises) ainsi qu’un court CV avant le 1er mars 2017 simultanément à :

Stanis Perez : stanis.perez chez mshparisnord.fr

Jacqueline Vons : jacqueline.vons chez univ-tours.fr

Le comité scientifique examinera les propositions et donnera sa réponse pour le 1er avril 2017.





Comité organisateur

Stanis Perez, Maison des sciences de l’homme Paris Nord, Université Paris 13, Pléiade.

Jacqueline Vons, Université François-Rabelais de Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance.



Comité scientifique

Florence Alazard (Université François-Rabelais de Tours, CESR)

Guy Cobolet (Bibliothèque interuniversitaire de Santé de Paris, Université Paris-Descartes )

Violaine Giacomotto-Charra (Université Montaigne, Bordeaux)

Alexandre Lunel (Université Paris VIII, saint-Denis)

Jean-Paul Pittion (Trinity College Dublin et Université François-Rabelais de Tours, CESR)



Notes

[1] V. Nutton (dir.), Medicine at the Courts of Europe, 1500-1837, Londres/New York, Routledge, 1990.

[2] L. W. Brockliss et C. Jones, The Medical World of Early Modern France (1997), Oxford, Clarendon Press, 1997.

[3] M. Foisil (éd.), Journal de Jean Héroard, Paris, Fayard, 1989, 2 vol. ; S. Perez (éd.), Journal de santé de Louis XIV, Grenoble, Millon, 2004 ; S. Perez, La santé de Louis XIV. Une biohistoire du Roi-Soleil, Seyssel, Champ Vallon, 2007.

[4] J. Vons et S. Velut (éd.), Pouvoir médical et fait du prince au début des temps modernes, Paris, BIU Santé (coll. Medic@) et de Boccard , 2011.

[5] A. Lunel, La Maison médicale du roi, XVIe-XVIIIe siècles. Le pouvoir royal et les professions de santé, Seyssel, Champ Vallon, 2008.

[6] E. Andretta et M. Nicoud (éd.), Être médecin à la cour (Italie, France, Espagne, XIIIe-XVIIIe siècles), Florence, Sismel ( Micrologus’ Library), 2013.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire